Brigitte ou François ?

ANALYSE – Dominique

La vie religieuse féminine aux Etats-Unis connaît depuis plusieurs mois de profonds remous . C’est le cardinal Ratzinger, alors responsable de la Congrégation pour la Doctrine de la foi,  qui en est à l’origine d’une certaine manière. C’est lui en effet qui lança une enquête sur l’identité et la vie religieuse au sein du principal réseau de religieuses américaines  (LCWR), soupçonné de développer plus qu’il n’en faut des thématiques féministes et contestataires.

Pourtant,  il suffit d’évoquer deux figures de religieuses américaines pour comprendre que se jouent là des questions plus profondes sur la place de la vie religieuse dans la société.

  • La première d’entre elle s’appelle Mère Elisabeth Hesselblad. Fondatrice de la branche réformée des religieuses suédoises rattachées à la figure de Sainte Brigitte, cette américaine d’orgine suédoise, née au XIXe siècle dans une famille luthérienne, s’est convertie au catholicisme au cours de son séjour aux Etats-Unis. Depuis lors, sa famille religieuse a connu un vrai renouveau vocationnel, comme en témoigne  la béatification de Mère Hesselblad par le pape Jean Paul II en 2000. Une femme d’action aussi, qui a bien compris l’intérêt à travailler le réseau de ses généreux donateurs. Un certain nombre d’entre eux se retrouvent parmi la liste des grands maîtres de l‘Ordre militaire du Très Saint Sauveur de Saint Brigitte. On rencontre là aussi bien le président Reagan, que les présidents Peron ou Batista ou encore le général Franco, parmi bien d’autres…L’actuelle supérieure générale des Brigittines, Sr Tekla Famiglietti (photo), est une italienne qui a bien compris la leçon. Et c’est ainsi sans doute par le biais de José Maria Guardia, le roi mexicain des casinos, devenu commandeur de l’Ordre lui aussi, qu’elle pu rencontrer Fidel Castro à Cuba. Un leader révolutionnaire qui reçut lui aussi sa médaille de commandeur. Une rencontre opportune puisque dès 1998, elle obtient l’autorisation d’ouvrir une maison d’accueil sur l’île marxiste. Trois autres suivront, sans que les autorités ecclésiales locales n’ait eu grand chose à dire.

    Il faut dire que Sr Tekla est une femme d’autorité et d’entregents et certains la surnomme « la femme la plus puissante à Rome », voire la « papesse ». Avec sa tenue stricte, dont le voile est recouvert d’une symbolique croix d’argent, cette religieuse italienne de 75 ans exerce depuis 1979 son gouvernement avec habileté. Les portes de la Curie lui sont ouvertes et on ne s’étonnera sans doute pas de constater qu’elle a fait partie du cercle restreint des proches réunis pour la veillée de prière dans les appartements du pape Jean Paul II la nuit de sa mort. A la tête de ses 800 religieuses, Sr Tekla gère aussi ce qui ressemble bien désormais à un petit empire immobilier qui, d’Inde aux Etats-Unis, en passant par l’Italie et Israël, assure une conséquente source de revenus à la congrégation. Pourtant, en 2002, six religieuses indiennes brigittines fuirent leur communauté pour se réfugier dans un monastère bénédictin à Parme. Un scandale qui révéla des pratiques d’exploitation par le travail de religieuses souvent issues du Sud et qui servent à l’entretien des hôtels de standing gérés par les Brigittines. Cette même année, Sr Tekla participa aussi activement à l’organisation d’une conférence internationale sur le trafic des femmes…

  • La seconde est une soeur franciscaine (photo). Sr. Florence Deacon, est l’actuelle présidente du Réseau LCWR  (Leadership Conference of Women Religious), le principal réseau de religieuses aux Etats-Unis, représetant 80 % d’entre elles.

    C’est elle qui gère l’actuelle inspection en cours par trois évêques américains. En mai dernier, à Rome, au cours d’un rassemblement international de congrégations féminines, elle rappela, avec humour qu’on  » écoute la volonté de Dieu dans différents chemins ». Dans un entretien récent, Sr Deacon, qui est aussi supérieure générale de soeurs de Saint François d’Assise installées dans le Wisconsin, explique que les reproches faites à ces soeurs souvent sans habit religieux supposées ne plus prier, ne tiennent pas quand on les rencontre. D’autant que bien des fondatrices désiraient pour leurs soeurs d’être en « habits de leur temps » pour rejoindre les gens là où ils sont. C’est ainsi que Sr Deacon a sa page Facebook, notamment pour garder des liens avec ses anciens élèves. Quant aux religieuses du réseau LCWR, bon nombre d’entre elles n’hésitent pas à s’inscrire dans le débat social et politique américain, attirant du coup les foudres des catholiques les plus conservateurs qui leur reprochent leurs positions trop libérales, notamment sur la question de l’avortement ou le mariage homosexuel.« Mais si vous regardez dans l’Evangile, Jésus accueille les pécheurs avec l’idée qu’ils pourront changer dans leur vie. Les êtres humains sont frêles. Qui arrive à toujours agir dans le sens qu’il voudrait ?« , explique Sr Deacon dans un entretien au New York Times en 2012.

    Cette explication suffira t-elle à lever les incompréhensions sur lesquelles enquête la Congrégation pour la Doctrine de la foi ? Pas sûr, d’autant que la Congrégation pour  les Religieux, elle, n’a pas été sollicitée dans cette affaire. Une forme de désavoeux pour cette dernière institution et qui entretient aussi les rumeurs quant au sens réel de cette inspection. Reprenant les mots du pape François, Sr Deacon cherche pourtant à privilégier un « chemin de fraternité, d’amour et de confiance » au sein des institutions officielles plutôt que de méfiance. « Si l’Esprit parle au milieu de nous ou réside au milieu de nous, alors les autorités seront capables aussi d’écouter les autres. »  Lorsque le pape François reçut les participantes du rassemblement international, il invita les religieuses à rester fidèle à l’autorité de leurs évêques, tout en assumant leur rôle de « mères » dans l’Eglise pour engendre des enfants spirituels dans l’Eglise. « Sans vous, l’Eglise manquerait de maternité, d’affection et de tendresse. »

Source : Articles NCR, Jason Berry / Joshua J. McElwee  |  May. 7, 2013 / Photos NCR

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